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Nous
avons tous lu de multiples articles et livres sur ce sujet. Nous avons
tous assisté à des colloques vantant les mérites
de l’évaluation et l’importance du transfert. Mais
dans les faits, qu’avons-nous vraiment fait ? Malgré
l’intérêt, les firmes de formation et de conseil sont
peu sollicitées sur ce sujet. Chez AGD Formation, des modèles
et des outils étaient prêts à servir, mais où
étaient les entreprises désireuses de se lancer dans l’aventure
? Depuis trois mois, AGD Formation a la chance, et je suis l’heureuse
élue, d’accompagner non pas une, non pas deux, mais trois
belles entreprises qui ont décidé de développer ensemble
un processus et des outils pour mesurer l’efficacité de leurs
formations.
Pour
nous, la responsabilité n’est pas mince : Il s’agit
de construire une démarche « universelle », valable
dans ces trois organisations. Depuis que nous avons commencé, le
mandat s’avère encore plus excitant que celui imaginé.
Les modèles prennent vie, le puzzle s’organise, les différentes
pièces s’ajustent et tous les acteurs font d’intéressantes
découvertes. C’est passionnant !
| Commençons
par le début, qu'est-ce qui a permis que cela soit possible ? |
AGD assure depuis deux ans l’animation d’un
collectif de formation, regroupant actuellement une vingtaine d’entreprises
dans le secteur pharmaceutique. Le Collectif Formation pharmaceutique
réunit plus de 70 personnes ayant à cœur d’améliorer
les pratiques de formation et de développement dans leur organisation
(ressources humaines, formation, opération, SST, etc.) C’est
une communauté d’apprentissage qui s’appuie sur plusieurs
activités de « codéveloppement » : rencontres,
forum de discussion, site Internet, comités de travail, etc. Son
objectif : prendre du recul par rapport à la pratique quotidienne,
apprendre en partageant ses préoccupations, ses réalisations,
ses projets avec ses pairs dans un climat de confiance et d’entraide
mutuelle.
Lorsque
nous avons établi les priorités des projets à développer,
la mesure d’efficacité de la formation est arrivée
en tête. Dans ce milieu très réglementé, les
clients, mais aussi Santé Canada et la FDA (Food and Drug Administration)
mettent la barre très haute en matière de standardisation
et de contrôle des processus : tout employé doit disposer
de procédures décrivant les tâches à accomplir
et doit être formé sur celles-ci. Dans ce contexte, la formation
est surveillée de très près. Aujourd’hui, les
entreprises doivent démontrer que les employés sont formés
sur toutes les tâches à réaliser. Demain, cela ne
suffira plus : elles devront prouver que la formation a été
dispensée ET qu’elle a été efficace…
Ambitieux programme !
Trois entreprises du Collectif Formation pharmaceutique (Merck Frosst,
Sabex et Wyeth) ont décidé de se lancer dans l’aventure
avec l’appui d’AGD Formation. Le comité sectoriel de
l’industrie pharmaceutique et biotechnologique (Pharmabio Développement)
pilote ce projet et en assure le financement à partir d’une
subvention obtenue du FNFMO.
Lancé en novembre 2004, le projet a pour objectifs
de :
-
Développer un processus et des outils pour mesurer
le transfert et diagnostiquer les actions correctives
et préventives permettant d’améliorer l’efficacité
de la formation.
-
Mettre à l’épreuve ce processus
et ces outils au sein des trois entreprises pilotes et l’ajuster
si nécessaire.
-
Mettre à la disposition des entreprises du secteur
cette « boîte à outils ».
Le calendrier a été découpé en quatre grandes
étapes :
- « Vendre »
le projet dans chacune des trois entreprises, constituer des comités
internes, choisir les formations pilotes — novembre 2004 /
janvier 2005.
-
Développer le processus et les outils « universels » —
février à mars 2005
-
Préparer les pilotes et les réaliser — avril /
septembre 2005
-
Faire le bilan et ajuster si nécessaire — septembre /
octobre 2005
À ce jour, nous sommes à mi-parcours. Le processus et les
outils sont prêts, nous sommes fiers de ces réalisations.
Nous démarrons actuellement les pilotes et nous espérons
en apprendre beaucoup.
| Les
résultats à mi-parcours |
1.
Des responsables de projets qui se sont appropriés la démarche,
les outils, le processus
En tant que consultante, je me suis positionnée en accompagnement
des trois responsables du projet dans chacune de ces entreprises C’est
leur projet. Pas question de leur livrer des solutions toutes faites.
Mon rôle consiste à apporter des références,
des outils, des guides pour que nous construisions ensemble
le processus. Certes, la transparence comporte des risques : par
exemple, ne pas avoir toutes les réponses tout de suite, ou encore
hésiter un court instant entre plusieurs choix… mais d’un
autre côté, faire du chemin en compagnie de personnes dynamiques,
passionnées, très impliquées et satisfaites du
travail accompli vaut réellement la peine d’être
vécu et compense amplement pour le « flottement »
apparent et les « pertes de temps » (qui ne sont
en fait que le temps nécessaire à l’appropriation
du projet par les responsables). Le résultat est bien plus large
qu’un simple processus et des outils : les trois organisations
consolident leurs compétences en matière d’évaluation.
2.
Deux outils clés : la grille d’observation et
le questionnaire
2.1 Premier outil : La grille d’observation
Pour mesurer le transfert, notre choix s’est arrêté
sur une grille d’observation comportant trois types d’éléments
à observer : les actions (habiletés
démontrées), les questions de compréhension
(liées aux situations critiques) et les performances
(liées aux résultats). Cette grille permet à l’observateur :
- d’identifier
les éléments à observer dans l’ordre chronologique
(lesquels, quand et comment),
- de
cocher au fur et à mesure les résultats obtenus,
- de
noter ses commentaires.
La supervision, les formateurs et certains représentants des
fonctions supports (qualité, santé sécurité,
maintenance, ingénierie,…) participent à l’élaboration
de la grille d’observation. Cet exercice se fait lors d’une
rencontre de deux heures. Et le résultat va au-delà de
nos espérances. À la fin de l’exercice, la satisfaction
des participants est manifeste : « On a réussi
à identifier exactement ce que l’on veut ! »,
« Avec cette grille, je sais exactement ce que je dois faire
en formation - tout est là !!! ».
Dans le processus de mesure d’efficacité de la formation,
cette grille d’observation est utilisée deux fois :
- une
première fois par le formateur, sur
le poste de travail, en fin de formation (théorique/pratique).
Si le formateur constate des lacunes, il apporte les compléments
nécessaires. À cette étape, la grille d’observation
permet de valider la formation;
- une
deuxième fois, par le superviseur,
un à trois mois après la fin de la formation, pour mesurer
le transfert.
2.2
Deuxième outil : le questionnaire
Pour diagnostiquer les actions correctives et préventives,
nous avons construit un questionnaire standard en 20 questions (quelle
que soit la formation) qui fait le tour des facteurs qui empêchent
ou favorisent le transfert : organisation du travail, moyens matériels,
moyens humains, encadrement, climat de travail, gestion du changement,
etc. Ce questionnaire est administré après la deuxième
observation (un à trois mois après la fin de la formation).
L’objectif est de recueillir la perception des employés
formés afin d’identifier des pistes d’amélioration.
Une fois les réponses analysées, les résultats
sont présentés à la gestion et complétés
en fonction de leurs propres perceptions. Un plan d’action est
alors établi, il résume les actions correctives et préventives
à réaliser.
3.
Le processus
| |
|
1.
Recueillir les attentes |
Identifier
les attentes vis-à-vis de la formation qui va être
mesurée
— 1 mois avant la formation. Avec la direction et
la supervision - une rencontre (environ 2 heures) |
| 2.
Préparer la mesure |
Ajuster
le processus de mesure à la formation et à l’organisation,
préparer la grille d’observation
— 15 jours avant la formation. Avec la supervision
et les formateurs – une rencontre (environ 3 heures) |
| 3.
Valider les acquis |
Utiliser
la grille d’observation (1er passage) pour valider la
formation, faire les compléments
— En fin de formation - Le formateur avec les
employé formés |
| 4.
Mesurer le transfert |
Utiliser
la grille d’observation (2e passage) pour mesurer le transfert
sur le poste de travail
— 1 à 3 mois après la formation -
Le superviseur avec les employés formés |
| 5.
Identifier les améliorations |
À
l’aide du questionnaire, recueillir les perceptions des
employés sur les améliorations à faire
— 1 à 3 mois après la formation -
Avec le gestionnaire de formation avec les employés formés |
| 6.
Établir le diagnostic |
Analyser
les résultats, soumettre le diagnostic à la gestion
et établir le plan d’action
— 3 mois après la formation - Avec les
gestionnaires – une rencontre (environ 2 heures) |
| 7.
Faire les ajustements |
Mettre
en œuvre les actions correctives et préventives.
En faire le suivi
— 3 à 6 mois après la formation -
Selon les actions à réaliser : formateurs,
gestionnaires, direction,… |
| 8.
Évaluer l'impact |
Mesurer
l’impact, valoriser la contribution de la formation dans
l’atteinte des objectifs d’affaires
— 6 à 12 mois après la formation -
Le service formation avec la direction et la supervision |
|
1. Un processus à utiliser à
bon escient
En élaborant ce processus, nous avions l’intime conviction
qu’il ne peut pas, qu’il ne doit
pas s’appliquer à toutes les formations. La règle
du 20/80 (Loi de Pareto) nous paraissait un bon repère :
utiliser ce processus uniquement pour les formations les plus importantes.
Aujourd’hui, nous confirmons cette hypothèse et nous proposons
un outil d’aide à la décision structuré autour
de quatre points :
- Est-ce
que la formation que l’on veut mesurer a un impact majeur sur
les résultats de l’entreprise ?
- Est-ce
qu’elle concerne un grand nombre d’employés ?
- Est-ce
qu’elle nécessite un investissement important (disponibilité,
$) ?
- Est-ce
que le client interne est prêt à s’investir dans
le processus de mesure de son efficacité ?
Si
la réponse à l’une de ces quatre questions est NON,
nous vous conseillons de ne pas mesurer l’efficacité de
la formation car l’effort à fournir serait plus important
que le bénéfice retiré !
2. Des impacts multiples
Les grilles d’observation ont déclenché des réactions
extrêmement positives. Les membres des comités internes
ont découvert des usages et des avantages autres que ceux prévus
initialement :
- consolider,
compléter l’analyse des besoins;
- améliorer
la conception de la formation et la préparation des formateurs
(théoriques et pratiques). En effet, les grilles d’observation
permettent de :
— mettre en lumière les points clés à développer
dans la formation et les éléments à laisser de
côté (très important !!!),
— identifier les points à vérifier dans les tests
écrits (en fin de formation),
— guider les formateurs tout au long de la formation;
- améliorer
les procédures de travail et construire les aide-mémoire;
- clarifier
les « critères de relâche » qui
servent à valider si la personne est autonome sur son poste
de travail à la suite de la formation (élément
très important dans l’industrie pharmaceutique).
L’enthousiasme des personnes impliquées dans le processus
est tel que nous devons actuellement réfréner leurs ardeurs
pour qu’ils n’interviennent pas trop tôt dans l’amélioration
des formations et dans l’organisation du travail. Nous constatons
que le processus, en lui-même, est source d’amélioration
avant même d’avoir évalué les formations.
3.
Une clarification des responsabilités entre gestionnaire
et formateur
L’intervention des gestionnaires et des formateurs est essentielle
dans ce processus. À chaque étape, nous nous sommes « challengés »
pour clarifier les rôles et responsabilités de chacun et
argumenter nos choix. Aujourd’hui, les rôles et responsabilités
sont clairs, expliqués et compris. Nous avons pu les faire apparaître
en toutes lettres sur les outils élaborés. Par exemple,
la grille d’observation met en évidence les performances
qui seront validées, non par le formateur, mais seulement par
le superviseur. Conséquence : les messages passent !!!.
4. Une consolidation de l’évaluation à
tous les niveaux
Le modèle de Kirkpatrick propose 4 niveaux d’évaluation
de la formation.
- Niveau
1 : évaluation de la satisfaction des participants
(opinions et réactions)
- Niveau
2 : évaluation des acquis en fin de formation.
- Niveau
3 : évaluation du transfert sur le poste de
travail quelques mois après la formation.
- Niveau
4 : évaluation de l’impact sur l’organisation,
6 mois à 1 an après la fin de la formation.
Sur
le papier, notre cible initiale était le transfert et nous pensions
pouvoir nous limiter à celui-ci : mettre en place un processus
et des outils pour mesurer le transfert (niveau 3) sans intervenir sur
les autres pratiques d’évaluation déjà existantes
(ou non) dans les trois entreprises pilotes. Mais dans les faits, notre
processus nous a amenés à revoir, à consolider
et à compléter leurs pratiques à l’intérieur
des 4 niveaux d’évaluation.
Ce
constat ouvre une piste de réflexion. Si aujourd’hui les
entreprises ont autant de difficulté à calculer le retour
sur investissement de la formation (liée à la mesure d’impact –
niveau 4), c’est peut-être parce qu’elles ont voulu
aller trop rapidement à ce niveau sans consolider et mettre en
place des processus solides pour les trois autres niveaux. En tout cas,
ce projet nous indique que cette piste est prometteuse.
5. Un défi à relever : faire utile, réaliste,
acceptable
Dès le départ, nous nous sommes imposés un plan
de match solide pour construire un processus « utile, réaliste,
acceptable », trois conditions indispensables pour réussir.
Aujourd’hui, en regard des bénéfices additionnels
constatés par les acteurs eux-mêmes, nous pouvons dire
dès maintenant que le processus est UTILE. En regardant les moyens
à mettre en œuvre pour le réaliser, le processus
semble RÉALISTE. Reste à vérifier son ACCEPTABILITÉ,
c’est ce que les pilotes pourront nous confirmer.
Le
projet que je viens de vous présenter est innovant et passionnant
pour moi comme pour toutes les personnes qui sont impliquées jusqu’ici.
Je vous donne donc rendez-vous dans trois mois pour en partager avec vous
les résultats. D’ici-là, si vous voulez en savoir
plus, n’hésitez pas à nous contacter !!!
Un
grand merci à Danielle Chartier de Merck Frosst,
Michel Fafard et Diane Desautels de Wyeth,
Yves Archambault, Jean-François Paraiso et Annie D’Anjou
de Sabex
Diane Poupart et Louise Langlois de Pharmabio Développement
ainsi qu’à tous les membres du Collectif Formation pharmaceutique
sans qui ce projet n’aurait jamais vu le jour.
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