À prendre ou à laisser
  par Jacques Juneau, consultant AGD Formation inc.
 
En apprentissage, au point de départ, tout repose sur la volonté du participant d’être atteint, influencé. À la façon d’un psy, le formateur dérange ses participants : ceux-ci accepteront-ils de reconnaître qu’ils ne savent pas tout, qu’il leur faut apprendre ? C’est apprendre ou laisser...

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Apprendre à apprendre en formation

   
 

Selon le type d’environnement que nous avons connu à l’école, retourner en classe, se voir confié à un formateur, ne s’avère pas toujours une bonne nouvelle ! Les enseignants de notre jeunesse n’étaient pas tous des champions et trop souvent ils ne pratiquaient qu’un style de formation qui répondait à un style d’apprentissage; pas nécessairement le nôtre.

Il y a quelques années, j’animais les 2 jours que durait le CGI 101 (une activité de formation / intégration à la culture de CGI) avec les cadres des nouvelles entreprises que CGI (la plus grosse firme canadienne en services informatiques, la 5e en Amérique) avait mises sur pied. Ainsi, j’avais une fois par mois devant moi entre 50 et 75 gestionnaires, pas nécessairement contents d’être là, ayant vu leur petite ou moyenne firme se faire avaler par un géant informatique. Ma responsabilité, au début de la première matinée avec eux, était de les préparer pour que les officiers de CGI (le président Serge Godin prenait la parole tout de suite après moi) puissent par la suite s’adresser à eux et leur enseigner les éléments fondamentaux de la nouvelle culture à laquelle ils étaient invités à s’intégrer. Je devais en quelques minutes les mettre en situation de prendre et non de laisser.

Après quelques tâtonnements, j’ai trouvé une formule efficace pour assurer l’écoute de mes gestionnaires nouvellement acquis : je leur contais une histoire qui illustre l’absolue nécessité, au-delà de leurs préoccupations et inquiétudes légitimes, d’être ici maintenant et d’écouter avec ouverture et attention ce que chaque officier allait leur dire. Voici la petite histoire :

Au Japon, un professeur émérite de l’université de Tokyo spécialisé en bouddhisme Zen, entendait parler depuis quelques années d’un obscur maître Zen qui pratiquait dans une banlieue proche. Ce professeur qui était la gloire de sa faculté, voulut par acquit de conscience, vérifier de quoi il retournait. Il envoya donc son chauffeur prendre rendez-vous parce que le maître en question ne disposait même pas du téléphone... Au jour dit, le professeur se présente et cogne à la porte de la modeste maison. Un tout petit vieillard lui ouvre et l’invite à passer au salon, puis disparaît côté cuisine avant qu’un mot ne soit échangé. L’universitaire s’assoit donc à la table basse et attend. Son hôte revient et dépose 2 soucoupes et 2 tasses, puis se met à verser du thé bouillant dans la tasse de son invité. La tasse se remplit, déborde dans la soucoupe, déborde sur la table, atteint les pantalons de l’éminent universitaire. Ce dernier se lève en criant : « Imbécile ! Vous ne voyez pas que la tasse est pleine et qu’il n’y entrera plus rien ? » Et le vieillard de lui répondre : « Comme vous ! »

Cette histoire durait 3 minutes; quelques longues secondes de silence suivaient la conclusion. L’histoire leur enseignait que le point de départ obligé de tout apprentissage (et a fortiori de tout apprentissage en salle de formation) était la disponibilité : Apprendre, c’est d’abord prendre.

Sans ce geste qui vient non pas du formateur mais du participant, aucun apprentissage n’est possible. En somme, on enseigne, on forme, mais on n’apprend jamais rien aux participants : ce sont eux qui prennent et apprennent. Le rôle du formateur consiste à favoriser le maximum de prises de la part des participants; c’est un rôle plus modeste qu’on l’imagine parfois, mais peut-être aussi plus riche en possibilités.

 
     
 
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Mise à jour : 5/02/10